Kispasse

Monday, August 25, 2008

Groix, la magie du cinéma

C'était mon deuxième Fifig. L'année dernière, j'avais couvert le Festival international du film insulaire de Groix comme journaliste au Télégramme. J'étais venu, j'avais vu et j'avais vécu de grands moments, notamment ce slow enfiévré avec Niuver. Cette année, j'y suis retourné comme simple festivalier. Bien m'en a pris. Tous les éléments sont réunis pour passer cinq belles journées: un site magnifique, des films passionnants (merci au programmateur Yann Stéphant) et une ambiance sympathique, notamment lors des concerts nocturnes, suivis des afters au Bonobo bar. Conseil d'ami: ne pas en abuser quand même sous peine de somnoler lors des projections, calé dans votre fauteuil molletonné. Côté septième art, il y a trois types de projections. Celle des films en compétition, tous des documentaires traitant, sous une forme ou sous une autre, du thème de l'insularité. Il y a aussi des films mettant à l'honneur un invité, cette année l'Islande, et des projections s'inscrivant dans des thématiques particulières, par exemple le réchauffement climatique. Cette année, j'ai surtout regardé les documentaires en compétition, et je dois dire que j'ai beaucoup appris. Pour la petite histoire, ceux qui ont décroché le pompom sont les documentaires Promised paradise (portrait d'un marionnettiste qui explique aux enfants que le terrorisme, c'est mal, palme d'or du jury), as old as my tongue (l'histoire d'une ancienne africaine qui chante, prix du documentaire le plus humain, également décerné par le jury) et Fear Na Noilean (prix du public). Mais ne me fiant qu'à mon avis totalement subjectif, je me permets de vous livrer mon Top 5, auquel seul le dernier susnommé appartient.

Mon top 5: NUMBER 1) L'exploration inversée, de Jean-Marie Barrère et Marc Dozier. Il y a du Bienvenue chez les Ch'tis dans ce docu, mais à l'échelle française. Du Visiteurs aussi, des temps modernes. Le principe: un Français qui vit depuis longtemps chez les Papous décide de les emmener en France, pour une exploration inversée. Il les traîne dans un château de nobles prout-prout en Dordogne, puis le lendemain dans une cité HLM du Havre. Ils goûtent à la gastronomie française, notamment les huîtres. Ils découvrent aussi, entre autres, comment on traite nos bêtes d'élevage (dans une porcherie bretonne), nos enfants (à l'école), nos anciens (dans une maison de retraite (initiales "mdr" dans mes bloc-notes!) ou encore nos morts (au travers d'un magasin de pompes funèbres). Avec des conclusions souvent drôles et toujours fines. C'est léger, enlevé, rythmé. Franchement, à 20h50 sur TF1, avec une belle promotion, je suis persuadé que ça cartonnerait. Avis à Laurent Storch, directeur des programmes de la première chaîne.

NUMBER 2) Retour sur Ouvéa, de Mehdi Lallaoui. Nouvelle-Calédonie, le bordel en 1986, les accords de Matignon: voilà ce qu'il me restait de mes leçons d'histoire à propos de cet épisode récent de l'histoire "française". A-t-on tout dit en disant ça? Certainement pas. Medhi Lallaoui le prouve magistralement avec ce docu extrêmement documenté et bien monté. A voir pour savoir ce qui se cache derrière cette sombre histoire. On dit souvent que les cours d'histoire zappent la guerre d'Algérie, la colonisation et tout ce qui porte atteinte à notre chère République. Alors qu'honnêtement, je n'ai pas du tout l'impression que mes profs d'histoire aient "oublié" de nous en parler. En revanche, la cause des Kanaks m'est passée complètement au travers, peut-être parce que cela ne concerne pas les politiciens d'hier, mais ceux d'aujourd'hui, et que leur lutte n'a pas encore trouvé de point final. D'où l'intérêt de comprendre ce qui s'est passé sur Ouvéa, cet île de Nouvelle-Calédonie, du 22 avril au 5 mai 88, en pleine présidentielle Mitterrand vs Chirac. Tout a commencé par une opération symbolique des nationalistes kanaks pour occuper une gendarmerie et hisser le drapeau kanak à la place du drapeau français. Ils veulent protester contre la loi Pons (du nom du ministre de l'Intérieur de l'époque), qui annihile toute velléité indépendantiste et qui devait être soumise par référendum à la population le même jour que la présidentielle (un bon moyen d'être sûr que tous les militaires et autres Français de souche installés sur l'urne ne bouderont pas les urnes). Les gendarmes sont dépassés et pris de panique, ils commencent à tirer en l'air. Les Kanaks dégainent à leur tour et l'opération vire au drame: trois gendarmes sont tués par balles. Les nationalistes prennent le reste des militaires en otage et se séparent en deux groupes. L'un part au sud de l'île. Comprenant l'impasse de la manoeuvre, les Kanaks libèrent les otages. L'autre groupe part au nord de l'île et s'installe dans une grotte. Commencent des négociations entre des policiers du GIGN et les preneurs d'otages. Le 5 mai 1988, le gouvernement Chirac, à la demande de Bernard Pons et avec l'assentiment de François Mitterrand, déclenche l'opération "Victor". Cette opération permet la libération des gendarmes retenus en otages. Au prix de la mort de 19 preneurs d'otages et 2 militaires. L'intérêt du docu, c'est d'avoir interrogé plein de protagonistes de l'époque, à commencer par des preneurs d'otages. Où l'on entend Bernard Pons affirmer une chose, et juste après un ancien policier du GIGN dire son contraire. Ce témoignage est particulièrement intéressant car ce policier affirme que les négociations avançaient bien et que c'est pour des raisons politiciennes que l'assaut armé à été ordonné, les politiques de l'époque craignant que cette prise d'otages ne pèse sur les résultats de la présidentielle. Autre problème souligné: certains militaires qui ont mené l'assaut ont été "zélés", n'hésitant pas à tuer des Kanaks à terre et sans défense. Ce qui a fait passer ces preneurs d'otages, aux yeux d'une partie de la population Kanak, pour d'héroïques combattants de la liberté. S'ensuit la signature des accords de Matignon, sous le gouvernement Rocard, pour ne pas trop sortir par le bas de cette tragédie. Du donnant-donnant: les preneurs d'otages sont amnistiés en même temps que les militaires, un protocole est mis en place vers un référendum d'auto-détermination, qui devrait se dérouler dans les années à venir. Dernier problème: les Kanaks sont devenus minoritaires sur leur propre île, à cause de l'installation successive de couches de populations françaises "de souche". Y a pas qu'en Géorgie ou dans les Balkans que certaines minorités ont du mal à se faire respecter.

NUMBER 3) Fear Na Noilean, de Fear Na Noilean, de Loïc Jourdain. Tory island, un bout de caillou de 5 km sur 1 km à 9 miles de la côte nord-ouest de l'Irlande. 150 habitants résistent encore et toujours aux conditions assez extrêmes. L'insularité, la vraie, bien loin des clichés palmiers, sable fin, tropiques. Ici, il faut lutter pour vivre, travailler, manger. Le documantaire raconte comment le gouvernement irlandais, pour décourager les habitants, avait choisi, dans les années 70, de ne pas investir sur cette île, coupée du monde et sans électricité. C'était jusqu'à l'arrivée d'un prêtre grande-gueule, Diarmuid O Peicin, en 1980. Il a médiatisé l'île de Tory jusqu'au Parlement européen et même Washington. Il vient de mourir. Le réalisateur, présent sur Groix, expliquait qu'à la fin de sa vie, il regardait le film tous les jours. Ce docu lui rend en tout cas un bel hommage.

NUMBER 4) United Africa, d'Olaf de Fleur. C'est le genre de docus qui rappellent à bon escient ce que peut être le sport, et particulièrement le foot. Une belle aventure collective, une histoire d'amitié et de volonté pour atteindre un but commun, la victoire. On est bien loin des enfants de la balle surpayés, chouchoutés et individualistes du foot pro moderne. Le docu suit la saison d'une équipe islandaise. Particularité: elle se compose uniquement d'immigrés. Au départ, ils se prennent des branlées avec des scores qui rappellent davantage le baby-foot. Ca gueule sur les arbitres, ça se frictionne au sein de l'équipe, ça se fissure de tous les côtés. Et puis, en resserrant les boulons en fin de saison, avec le couteau sous la gorge, l'équipe se sauve in extremis d'une descente qui lui semblait promise. Tout ça est bien emballé, rythmé, décapant.

NUMBER 5) Cuba, l'art de l'attente, d'Eduardo Lamora. C'est un exilé cubain qui revient sur son île, dans sa famille, chez les siens. Il avait profité d'un voyage à l'étranger pour prolonger son infidélité à Fidel. Mais ce n'est pas son déracinement qu'il raconte, mais son bref retour au pays du cigare. Avec poésie, grâce et élégance. Lamora donne de quoi faire aimer Cuba et détester son régime.
Marre du terre-à-terre? Et si vous preniez la mer...
Bye-bye France...
... Bienvenue à Groix!
Je quitte le continent alors que le ciel menace de me tomber sur la tête
Cap sur Groix!
A bord du bateau, l'excitation monte au fur et à mesure qu'on approche de Groix
Une de mes activités favorites sur les festivals: faire de la promo pour Le Télégramme. En plus, le journal est partenaire unique du Fifig, Ouest-France ayant exigé en vain l'exclusivité
Un bon bouquin et les écouteurs pour agrémenter la traversée
Quechua, partenaire officiel sur la route des festivals
A l'abordage de Port-Tudy
Faut viser le trou...
Une idée de film pour Dany: Bienvenue au paradis! Lieu de tournage: Groix
Derniers mètres avant de toucher un autre monde
L'équation du bonheur: arrivée sur l'île = sourire sur le visage
Comme à Cannes, ça commence par une montée des marches...
... mais ici, ce sont les festivaliers qui en bavent sec, sacs sur le dos
Vous ne saviez pas où passer vos prochaines vacances?
Le genre de vues qu'on a en allant du camping gratuit au site du festival
La belle affiche de l'édition 2008 a été carrément peinte sur une maison de Port-Lay
Les bénévoles ne chôment pas...
... Normal, le premier soir, pour fêter le lancement du festival, c'est apéro gratuit pour tout le monde!
Pour ouvrir les festivités, le cercle celtique de Groix est de la partie
La gavotte a toujours la cote
Ca a de la gueule, un petit Breton en costume, non?
Le public familial apprécie le spectacle
Ils ont bon dos, ces danseurs en culotte courte
Les filles aussi papotent entre deux tours de danse
Les bras collés, les oreilles décollées
Un geste pas très académique
"Eh oh, tu me l'apportes, mon kouign amann?"
Une coiffe décoiffante
Il y a ceux qui tournent au Kool Shen, et ceux qui tournent au chouchen
La magie opère et les festivaliers emboîtent bientôt le pas des danseurs du cercle
Toutes les générations de Bretons unies dans un même mouvement
Dans la Sainte-Trinité des organisateurs du festival, voici le Père: Gwéna Le Gras.
C'est à la fois le président de l'association et le grand chef des bénévoles
Le fils de Dieu, Yann Stéphant, excellent programmateur du festival (à droite)... Qui pose ici avec son homonyme
Jean-Luc Blain, directeur du festival, le Saint-Esprit
Ancien journaliste à France Inter, ce baroudeur a écumé le monde avant de poser ses valises à Groix
Norbert Métairie, maire de Lorient, est un fidèle festivalier
Port-Lay, sa jetée aux pieds mouillés
Petit jardin secret caché dans les hauteurs de Port-Lay
Pour une fois que les pots de fleurs ne gâchent pas la fête
Quand la compagnie Carabosse bosse
Grue de Groix sous gros ciel gris
Pour la soirée d'ouverture, la compagnie Carabosse est aux manettes
Nouvelles versions des "petits ruisseaux qui font les grandes rivières"...
...c'est avec de petites torches enflammées qu'on fait des grosses boules de feu
L'enfant, le feu, l'effet, la fête
Ambiance préhistorique post-guerre du feu lors de cette première soirée du Fifig
C'est un haut-lieu du festival. Ca se passe comme ça au Bonobo bar, réputé pour ses afters de folie
Guitare cherche doigts. S'adresser au Bonobo bar
Au Bonobo, la bière coule à flots
Soha, premier concert d'ici et d'ailleurs pour lancer le festival côté scène
Soha, pas de graisse mais de la grâce (désolé)
C'est une belle histoire de ce Fifig... La chanteuse de Buddafh'gang étant malade, c'est une bénévole venue d'une île canadienne qui l'a remplacée après avoir répété tout l'après-midi avec le groupe
Star d'un soir, sous les projecteurs
Le saxophoniste du groupe s'est donné à fond, mais n'a jamais été à bout de souffle
Les Ramoneurs de menhir, avec leur medley punk-musique celtique, ont tout emporté sur leur passage
Sympas, ils ont fait monter des mini-punks pour partager la scène avec eux
Moonlight Benjamin, la chanteuse haïtienne de Dyaoulé Pemba, qui critique les technocrates du FMI au détour d'une chanson... Message reçu, DSK?
Le violoncelliste virtuose de Dyaoulé Pemba, le crâne chauve et le talent au bout des doigts, comme Fabien Barthez en somme
Entraînement intensif avant Fort-Boyard?
En bon critique ciné, je n'ai pas peur de me jeter à l'eau
Quand mon blog bugue! Non ce n'est pas un oeuf sur le plat... Oui c'est une tasse de café... Vous trouvez que ça n'a aucun intérêt? Tant pis, je fais ce qui me plaît.
Le retour se fait à bord du Kreiz er Mor, et je me retrouve aux premières loges pour sauver ma peau, des fois qu'il se prendrait pour le Titanic
Breton? Français? Européen? Citoyen du monde? Qui suis-je, moi qui vogue sur cette planète depuis 26 ans?
Quand je quitte Port-Tudy, le vague-à-l'âme arrive
Les sirènes du phare de Port-Tudy chantent encore la même mélodie
Ce petit paradis n'a rien d'artificiel
Les voiliers de la marée, à ne pas confondre avec les voiles de la mariée

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