Kispasse

Monday, April 03, 2006

Dallas-sur-Deûle

Son nom de scène est Filiiip, son spectacle "Dallas version japonaise". Ce Roubaisien prend un malin plaisir à animer la Grand-Place. Portrait d’un artiste de la rue baroudeur.

“Le rire c’est une drogue. Moi je ne fume pas, je ne bois pas...” Mais qu’est-ce qu’il se marre ! La quarantaine élégante, Philippe Telliez fait rire les Lillois. Le spectacle qu’il donne régulièrement sur la Grand’Place est truffé de gags. Sa force : faire intervenir des spectateurs pour jouer les rôles de son scénario. Il y a le clappeur, le play-boy, la femme infidèle et le mari... “Et en Français, un mari, c’est un cocu !” Mimes, mimiques et jeux de mots... Philippe utilise tous les ressorts du rire. Et à chaque fois, la magie reprend. Toujours drôle, jamais identique.

Dans sa valise, Philippe a cinq spectacles : Dallas, Tarzan et Jane, Super Batman, Titanic et César et Cléopâtre. Des personnages universels, et pour cause. Philippe ne se contente pas d’amuser les Lillois. Ce globe-trotter du rire a parcouru le monde : “Je suis allé aux Etats-Unis, au Canada, au Brésil, en Afrique, au Japon, en Scandinavie, et dans les pays latins d’Europe du Sud.” S’il avoue être mal à l’aise dans la langue de Shakespeare, il s’en sort toujours grâce à quelques pirouettes dont il a le secret. De ces voyages, Philippe a ramené des souvenirs uniques. “Dans les années quatre-vingt, je suis allé en URSS. J’ai commencé mon show devant le Mausolée de Lénine. Je me suis mis en slip et j’ai foutu une fleur dans le fusil de Lénine. Cinq minutes plus tard, l’armée m’embarquait. Grâce aux bonnes relations franco-soviétiques, ils m’ont simplement raccompagné à la frontière. Ça m’a fait voyager gratis !”

Sous l’Opéra, la plage

La plupart de ces voyages, Philippe les a faits en auto-stop. Car il n’a jamais roulé sur l’or. Particulièrement à ses débuts. Au départ, Philippe était danseur à l’Opéra de Lille. Après son service militaire, il change de registre. Il part à Cannes pour se faire remarquer lors du festival. Mais les portes se sont vite fermées : “Pas assez de relations dans le milieu !” Il quitte la Croisette pour la Promenade des Anglais : “Je faisais l’automate dans la rue à Nice. Je me suis rendu compte que je pouvais faire rire.” Il rencontre alors Mayo, un autre artiste de rue, et décide de faire équipe avec lui. À cette époque, Philippe dort souvent sur la plage à la belle étoile. Mais sa bonne étoile ne va plus le quitter.

“Rambo”, son premier spectacle, reste sa marque de fabrique. “Aux Etats-Unis, certains continuent de m’appeler Rambo.” C’est le début d’une longue carrière : vingt ans de rue. Philippe a vu son métier évoluer : “Aujourd’hui, c’est la mode d’Internet et du zapping. Il faut retenir l’attention en permanence. C’est de plus en plus dur.” Mais Philippe n’a pas son pareil pour attirer à lui les spectateurs. Ils sont souvent 400 à s’amasser autour de lui et à rire à gorges déployées. Une activité rentable pour lui, d’autant plus que les dons sont exonérés d’impôt. “Une fois, un inspecteur des impôts qui m’a vu en spectacle a voulu me coincer. Mais je connais mes droits. Ce sont les gens qui viennent me donner de l’argent et non moi qui vais vers eux pour en réclamer.” Question finance, Philippe partage une inquiétude avec l’Eglise catholique : “Avec le passage à l’euro, les gens sont moins généreux.”

Plus drôle que Lagaf

Philippe a goûté à d’autres plaisirs que la rue, mais c’est là qu’il se sent bien. À la télé, il a fait des pilotes pour l’émission de Lagaf “Drôle de jeu” : “J’étais plus drôle que lui, alors ça l’emmerdait !” Philippe a aussi tourné comme figurant “dans des merdes pas possibles”. Il s’est aussi essayé au cinéma : “J’ai fait cascadeur dans Germinal. On bossait 8 heures par jour pour 200 balles.”

Ces expériences peu concluantes l’ont renforcé dans sa conviction : il est fait pour la rue et la rue est faite pour lui. Un métier en voie de disparition : “Avant il y avait des jongleurs, des cracheurs de feu, des démonstrations à vélo. Mais on vend du vent, du rêve, et ce n’est pas toujours rentable.”
Dans son coin de la Grand-Place, Philippe continue à semer des graines de rire. Parfois, cela va même plus loin : “Une fois, j’ai fait jouer ensemble un Juif et un Arabe, ça s’est bien passé. J’ai aussi fait participer un sourd-muet. Il a pleuré à la fin quand le public l’a félicité. Une autre fois, je suis tombé sur un trisomique. J’ai adapté le rôle et ça s’est bien passé. Sa mère était tellement fière de lui !”

4 Comments:

Post a Comment

<< Home