Kispasse

Monday, October 29, 2007

Abd al Malik, donneur de son


Ce n'est pas un donneur de leçon, mais il a conscience que son exemple peut servir. Abd Al Malik a accepté de répondre aux questions du public avant son concert qui a fait salle comble, samedi soir, au centre Athéna à Auray.
"J'ai eu de la chance, je ne me considère pas comme un modèle, mais si les choses que j'ai vécues peuvent aider les autres, tant mieux!" Abd Al Malik a accepté en toute simplicité de répondre aux questions du public, délivrant un message empreint d'humanisme, de tolérance et de partage: "Même le nom de l'album, Gibraltar, c'est l'idée de passerelle. Pour nous, la musique, c'est la capacité à partager des émotions, qu'on soit jeune, vieux, blanc, noir..." Comme dans son livre "Qu'Allah bénisse la France", il s'est dévoilé sans ambages, parlant de sa jeunesse à double face, entre études brillantes (double cursus en philosophie et lettres) et délinquance (pick-pocket et deal). Finalement, il a bien tourné et il sait à qui il le doit: "J'ai pu accéder à une éducation, l'école est la clé de tous les possibles. Les profs sont mes héros."
Abd le donneur de son a aussi parlé musique. Il se revendique "enfant de la fusion". Il vient du hip-hop et du rap: "Faire du rap, c'était comme une catharsis pour moi, ça me permettait de sortir mes émotions et, à travers mon histoire, les gens peuvent se reconnaître. C'est en cela que la musique est un miroir de l'humanité."
Il est toujours le leader du groupe de rap strasbourgeois N.A.P, qui va participer à la réalisation d'un album collectif qui sortira en janvier. Mais il s'est ouvert à d'autres styles musicaux comme le jazz, et c'est son slam d'un genre nouveau qui lui a permis d'accéder à la notoriété. Il a pu vérifier son nouveau statut samedi soir, puisque 1000 personnes sont venues l'applaudir. Ils ont eu droit à un spectacle total: textes inspirés et bien mis en rythme, une énergie communicative, des gesticulations millimétrées... Il a surtout décliné les chansons de son album "Gibraltar", récompensé par une Victoire de la musique.
Quand il chante "Les Autres", qui reprend les paroles de "Ces gens-là" de Brel, on se souvient de ce qu'il disait du mythe quelques heures avant, lors de la rencontre avec le public: "Brel, c'est la quintessence de l'artiste, il s'exprimait avec ses tripes. C'est un vrai modèle artistique pour moi." Et on se dit que le modèle aurait été fier de son élève.
Abd Al Malik ne lésine pas non plus sur des répliques bien senties pour introduire ses morceaux et se mettre le public dans la poche: "Peut-on penser et danser en même temps? C'est l'énigme, vous allez me donner la réponse" ou encore "À chaque fois que je viens dans la région, l'accueil est extraordinaire, j'espère que vous serez à la hauteur de cette réputation". Assurément, les Alréens l'ont été.
Le public était en phase avec l'emphase des paroles: "Dans le jardin, les fleurs sont multiples, mais l'eau est unique", s'exclame-t-il dans deux chansons, reprenant ainsi la devise de son grand maître soufiste. Quand il termine une chanson par "C'est toi que j'aime", un cri s'élève dans la salle: "Je t'aime aussi!" Et quand trois fans amourachées du premier rang dessinent un coeur avec leurs doigts, Abd Al Malik n'oublie pas de le leur rendre un peu plus tard, avant de quitter la scène sur ces mots: "Je voulais vous dire, je voulais te dire: Bretagne, Auray, je t'aime."

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