Kispasse

Sunday, June 17, 2007

Parole de guerrois


Je célèbre l'appel du 18 juin à ma façon, en vous livrant un superbe texte sur la guerre. Que Mr et Mme Pocket me pardonnent de citer ainsi sans leur autorisation un extrait du livre de Mitch Albom, Les cinq personnes que j'ai rencontrées là-haut, qu'ils prennent cet hommage comme une publicité incitant les milliards de lecteurs assidus de ce blog à lire ce beau roman, cette belle histoire...
Eddie avait appris beaucoup de choses pendant la guerre. Conduire un tank. Se raser avec de l'eau froide dans son casque. Être prudent quand il tirait depuis un trou afin d'éviter de toucher un arbre et d'être blessé par le retour d'un éclat.
Il avait aussi appris à fumer. A marcher au pas. A franchir un pont de cordes tout en portant une capote, une radio, une mitraillette, un masque à gaz, un trépied de mitrailleuse, un paquetage et plusieurs cartouchières sur l'épaule! Et il y avait appris à boire le café le plus infect de sa vie.
Il avait appris quelques mots dans quelques langues étrangères. Et à cracher très loin. Il avait appris le hourra nerveux du soldat ayant survécu à son premier combat, quand les hommes se donnent l'accolade et sourient comme si c'était fini -on peut rentrer chez nous maintenant!- et il avait appris l'effondrement dépressif du second combat, quand le soldat prend conscience que le premier sera suivi de beaucoup d'autres.
Il avait appris à siffler dents serrées. A dormir sur un sol caillouteux. Il avait appris que la gale était occasionnée par des bestioles urticantes qui s'enfoncent sous la peau, surtout si l'on a porté les mêmes vêtements sales toute une semaine. Il avait appris que les os d'un homme sont vraiment blancs quand ils transpercent brutalement sa peau.
Appris à prier en vitesse. Et dans quelle poche garder les lettres adressées à sa famille et à Marguerite, au cas où on le retrouverait mort avec ses camarades. Il avait appris que parfois l'on est dans une tranchée, aux côtés de l'un de ces camarades justement, à grommeler qu'on a faim; l'instant d'après un petit vouf et le camarade tombe, après quoi la faim est le cadet de ses soucis.
Et alors qu'une année se transformait en deux années puis en trois, il avait également appris que même les durs à cuire et les gros bras vomissent sur leurs godillots au moment d'être parachutés, et que, la veille d'un combat, les officiers aussi parlent dans leur sommeil.

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